Afrique: La Menace des dechets plastiques

SenegalLa menace des déchets plastiques ou « péril plastique » est de plus en plus prise en charge en Afrique. Après plusieurs pays de la sous-région, le Sénégal écologique a entamé la croisade en prenant le taureau par les cornes, d’une législation prudente qui circonscrit l’interdiction aux « sacs en plastique à bretelles et d’une épaisseur inférieure à 30 microns ». C’est-à-dire les sacs les plus courants que la ménagère reçoit gratuitement pour emballer ses provisions au marché et à la boutique du coin. Outre l’ampleur des difficultés d’application rencontrées ailleurs (sensibilisation, changements comportementaux, pertes d’emplois), des voix s’élèvent un peu partout pour mettre en garde contre certaines « vraies fausses solutions ». La notion même de « biodégradable » étant remise en question. Pour autant, la voie est balisée pour de bonnes opportunités de création de PME/ PMI et d’emplois. l aura fallu sept longues années depuis la mise en place du groupe de travail sur «l’impact de l’interdiction des sacs en plastique non biodégradable», à la mi-décembre 2008, par le ministre du Commerce d’alors, Mamadou Diop «Decroix». L’objet a même évolué, vers tous les «sacs en plastique à bretelles et d’une épaisseur inférieure à 30 microns», qui seront interdits à l’importation et à la distribution sur toute l’étendue du territoire national d’ici trois mois à compter de la date de promulgation de la loi votée du mardi 21 avril 2015.Une décision courageuse certes compte tenu des menaces reconnues que fait peser « le péril plastique » sur l’environnement et la santé publique tout court. Pour autant, le Sénégal ne fait que prendre le train en marche et sera confronté aux difficultés d’application et à l’inadéquation relative des différentes solutions adoptées ailleurs. De fait, tout comme la prise de conscience du péril écologique, les interdictions ont suivi un courant Nord-Sud, de la France (loi votée le 11 octobre 2005 et mise en application seulement le 1er janvier 2010), à la Mauritanie (mesure annoncée en juin 2012 et mise en application depuis 2O13), en passant par le Maroc ((loi N° 22 votée en 2010 imposant les sacs biodégradables). Dans la sous-région, l’Enquête N° 1160 du 29 avril cite le Cameroun, le Ghana et la Côte d’Ivoire, à côté du champion toutes catégories depuis 2008, le Rwanda dont l’ancien Premier ministre du Sénégal, Aminata Touré, était revenue émerveillée d’une visite lui ayant permis de constater qu’il n’y avait plus de sacs dans les rues ou sur les arbres. Une leçon pour le Sénégal où le journaliste Aliou Ngamby Ndiaye fait état de pertes sur le cheptel évaluées à 10 milliards par an, du fait de l’impact nocifs des sacs en plastiques et de 5 milliards dépensés entre 2012 et 2013, au titre des importations, selon des sources douanières. Pallier l’impact socioéconomique Le péril plastique n’est donc plus à démonter, aux plans autant économique, que social et environnemental. Pourtant, la démarche adoptée par le gouvernement a été jugée timorée, même par certains députés, le président de la commission de l’Assemblée nationale chargée du développement et de l’aménagement du territoire, Cheikh Seck ayant estimé que la loi aurait dû aller au-delà des emballages de faible « micronnage » pour inclure certains gobelets non biodégradables. Le mot est lâché, puisqu’il va falloir remplacer tous les emballages ménagers à usage unique, pour ne garder que les grands sacs de plus longue durée. Tant le sac en plastique est entré dans les habitudes, alors que des milliers d’emplois en dépendent. D’où également de nouveaux créneaux à l’importation, en attendant la création d’unités de fabrication de matériel biodégradable. Les craintes et les critiques exprimées sur ces soi-disant sacs biodégradables (voir notre encadré par ailleurs) sont à la mesure des avantages, voire des opportunités qu’offre leur bannissement. Sensibilisation, sanctions, substitution Partout, le processus a été le même après la prise de conscience et l’option économie verte et développement durable. La législation est couplée à un moratoire de trois à six mois pour que le changement des mentalités puisse s’opérer et pour que les importateurs épuisent leurs stocks. Des sanctions sont imposées. Lesquelles peuvent être relativement dissuasives comme au Rwanda où les contrevenants s’exposent à des peines d’emprisonnement de 6 à 12 mois assorties d’amende entre 100 000 et 500 000 FCFA. Ou en Mauritanie où l’amende atteint 4 à 5 000 dollars (2 à 2,5 millions de FCFA) pour la fabrication de plastique souple, et 200 à 300 dollars (100 à 150 000 FCFA) pour la distribution et même l’usage des produits interdits. L’étape suivante est celle de l’adoption de produits de substitution, tant les effets de l’interdiction ont des répercussions au plan socioéconomique, du fait de la disparition de certaines activités du secteur informel (vente de produits divers, comme les micro-doses alimentaires, la glace, usage dans l’esthétique, etc.). C’est en ce sens que le président de l’Association mauritanienne de protection du consommateur, Moktar Ould Towf, cité par l’agence Inter de presse Afrique (IPS), estime « impératif d’agir sur deux fronts: dédommager les fabricants et trouver des créneaux d’emploi pour ceux qui travaillent dans le secteur ». Le premier créneau semble être celui des sacs de substitution en matériaux dégradables. L’Etat ne pouvant tout faire, des entreprises pionnières comme Maroc Télécom se sont illustrées dans la RSE en soutenant la promotion de l’utilisation de tels sacs. Alors qu’en Mauritanie, « certains usagers essaient de coudre leurs propres sacs en tissu pour s’en servir plusieurs fois », indiquait l’IPS au 1er janvier 2013. En effet, la démarche mauritanienne a allié les sanctions à la distribution de 100 000 sachets biodégradables, lors des premières journées de sensibilisation, en décembre 2012, accompagnées de panneaux publicitaires géants vantant de tels emballages, avec la mobilisation d’agents du ministère délégué chargé de l’Environnement et du Développement durable et des officiers de police, autour d’une vaste campagne soutenue par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) sur l’ensemble du territoire « pour persuader les populations et les fabricants», selon l’agence de presse. Au Maroc, Hind El Azhari annonçait la généralisation des sacs plastiques biodégradables dès fin août 2014. Sur les pas de la Chine qui s’est mise au polyéthylène dégradable, et de l’Inde dont les chercheurs sont allés travailler aux côtés d’Ann-Christine Albertsson, chercheuse à la Swedish Royal Institute of Technology (KTH). POUR OU CONTRE LA BIODEGRADABILITE Les déchets en plastique mettent plus de 400 ans à se décomposer. Ironie du sort, leur durée d’utilisation est de l’ordre de 20 minutes», lit-on dans la littérature scientifique. En réponse à une telle menace écologique, presque tout le monde s’est mis à la mode des plastiques dits «biodégradables». Plusieurs sources montrent pourtant qu’il y a un océan entre les déclarations des industriels et les données scientifiquement prouvées sur l’innocuité des produits que les pays développés peuvent surveiller, contrairement aux nôtres où la carence des laboratoires et des services de contrôles est notoire. Il y a deux types de plastiques dits biodégradables: des bioplastiques ou hydro-biodégradables à base d’amidon de maïs ou encore de pomme de terre, et des plastiques oxo-dégradables. Les premiers coûtent encore trop chers pour avoir la préférence des importateurs et mêmes d’éventuels investisseurs. Alors que c’est la notion même d’oxo-biodégradabilité qui est battue en brèche par plusieurs études. Il s’agit en effet de plastiques conventionnels qui ont été additionnés d’un agent pro-oxydant qui permet de fragmenter le plastique, afin de favoriser la biodégradation des résidus au bout d’environ 12 à 18 mois. Or, si en théorie ils peuvent être détruits « par des microorganismes (bactéries ou champignons) dans l’eau, le dioxyde de carbone (CO2) et certains biomatériaux, plusieurs types de plastiques «biodégradables» sont fabriqués à partir du pétrole, tout comme le plastique ordinaire», selon «notre-planète-infos». Citée par la chercheuse à la Swedish Royal Institute of Technology (KTH) sur les polymères, Ann-Christine Albertsson, «une étude publiée à la mi-avril 2011 dans « Environmental Science & Technology », nous alerte sur le fait que la ‘dégradabilité’ des polyéthylènes’ est loin d’être établie». Une ‘dégradabilité’ loin d’être établie Par ailleurs, «les plastiques oxo-dégradables ne présentent aucun intérêt écologique» rapporte en 2010, au magazine Nature, Noreen Thomas, spécialiste des matériaux à l’Université britannique de Loughborough. Mieux, «ces plastiques ne sont pas compostables car les fragments dénaturent le compost au point de le rendre inutilisable. De plus, ces matériaux ne sont pas recyclables selon la méthode traditionnelle pour les plastiques car les additifs qui favorisent leur délitement corrompent aussi le produit recyclé. Le rapport recommande ainsi de ne pas utiliser ces plastiques dans le recyclage, mais de les incinérer ou de les enfouir… Bref, comme les sacs plastiques traditionnels », ajoute-t-elle. Enfin, selon le député Arnaud Leroy à l’origine d’une proposition de loi visant à les faire interdire, «une catégorie de sacs en plastique usurperait le qualificatif de biodégradable». Le principe de précaution s’applique, dit-il en recommandant «simplement que soit démontrée l’innocuité de la technique». En conclusion, citant l’AFP, en date du 13 janvier 2014, BFMTV annonce qu’on s’acheminerait vers une interdiction des sacs plastiques dits « biodégradables ». Que faire alors ? La réflexion reste ouverte. DES OPTIONS PARADOXALES En tenant compte du fait que les produits réellement biodégradables à base de polyacides d’amidon ou de maïs, sont d’un coût relativement prohibitif, alors que les sacs à base de papier ne sont pas recommandés par les écolos qui luttent aussi contre la déforestation, les solutions préconisées sont paradoxalement multiples, mais limitées : Sacs réutilisables. Comme les cabas en tissus de différentes tailles, pratiques et très résistants. Ils doivent être solides pour servir un grand nombre de fois. Sacs à base d’amidon et de maïs. Certains sites proposent des sacs personnalisables en matières écologiques (coton, fécule de pomme de terre, amidon de maïs ou en toile de jute naturelle). Depuis 2006, on trouve des sacs 100% biodégradables, lit-on chez les vendeurs. Mais ceux-ci qui sont à base d’amidon de maïs, coûtent plus cher. Sacs en papier. Comme indiqué plus haut, ils ont un impact sur l’environnement, par la déforestation. De plus, les techniques de fabrication émettent des gaz à effet de serre (du méthane à la mise en décharge), utilisent plus d’eau et d’énergie, etc. Sacs bio-fragmentables. A proscrire parce que le processus libère des particules invisibles de plastique et, quoique dispersés, les déchets restent toujours présents dans l’environnement. Sacs recyclés. Le recyclage des sacs plastiques est aujourd’hui marginal, pour cause de rentabilité peu valable économiquement, avec d’autres coûts associés comme les frais de transport du produit récupéré. En définitive et pour toutes ces raisons, les écolos recommandent plutôt l’incinération et l’enfouissement des milliers de tonnes de sacs dispersés et qui ne cessent de s’accumuler dans la nature.

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