DÉCLARATION FINALE DE L’ASSEMBLÉE REGIONALE DE STRATEGIE DES OSC D’AFRIQUE DES PMA

En juin, l’Observatoire des PMA, la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique le Bureau du Haut Représentant pour les PMA, la CNUCED a organisé l’Assemblée de Stratégie régionale de la société civile africaine des PMA vers la mise en œuvre du Programme d’action d’Istanbul (PAI), à Addis-Abeba, en Ethiopie.

Les messages-clés ont insisté sur la nécessité de promouvoir les intérêts des PMA et de renforcer leur voix sur la scène internationale. Ils ont également appelé à une plus grande implication des organisations de la société civile dans la mise en œuvre des programmes d’appui aux PMA. À cet égard, ils ont insisté sur le rôle de l’Observatoire des PMA (OPMA) dans le processus de mise en œuvre du PAI et ont réitéré leur volonté de coopérer avec l’OPMA dans ce processus.

I) L’échec des politiques et programmes actuels

Après les discours d’ouverture, plusieurs présentations ont été faites par la CEA et des membres de l’OPMA sur le Plan d’action du PAI et sur d’autres questions relatives aux défis du développement des PMA. Ces présentations concernaient les OMD, les politiques agricoles, le commerce et la Conférence des Nations Unies pour le développement durable (Rio + 20).

Les discussions sur ces différentes questions ont exposé les lacunes fondamentales du système mondial dominant et l’échec des politiques et des programmes actuels « d’assistance” aux PMA.

Il est bien connu que la plupart des pays africains n’atteindront pas la majeure partie des OMD, même si l’on a noté des progrès pour certains d’entre eux. Ce résultat peut s’expliquer par la nature des OMD comme objectifs imposés de l’extérieur, par leur ambition limitée, et en particulier par les instruments utilisés pour les atteindre, à savoir les politiques néolibérales promues par le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale et l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui sont principalement responsables de la situation des PMA.

Sur le programme post-2015, les discussions ont fait ressortir certains des principaux défis auxquels les pays africains feront face, dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’aide financière et de l’éradication de la pauvreté, entre autres. Toujours à propos du programme post-2015, l’Assemblée a déclaré que les OSC ne doivent pas être contraintes par l’ordre du jour officiel des négociations en cours à l’Organisation des Nations Unies. Au lieu de cela, elles doivent suivre leur propre agenda, même si elles peuvent profiter de l’occasion fournie par la CEA pour donner leurs opinions sur certaines des questions actuellement en discussions. .

En conclusion, la recommandation a été faite de poursuivre les discussions aux niveaux national et sous-régional sur la meilleure façon de progresser sur les OMD.
Sur le PAI, l’Assemblée a pris note des engagements-clés contenus dans le document, notamment les 8 domaines prioritaires. Une fois de plus, les participants ont exprimé leur déception face au PAI pour son manque de vision audacieuse et de nouveaux engagements de fond pour aider à faire face aux défis auxquels sont confrontés les PMA.

Sur les problèmes de la faim, la terre et l’agriculture, les débats ont souligné que la plupart des politiques agricoles actuelles mises en œuvre par les PMA africains ne pouvaient pas conduire à l’éradication de la faim et de la pauvreté. Cette situation a été aggravée par la question de l’accaparement des terres par les soi-disant investisseurs étrangers qui privent les petits agriculteurs, en particulier les femmes, de grandes portions de terres arables. Cela rend la production alimentaire encore plus problématique.

Sur le commerce, les discussions ont montré que les PMA africains sont toujours pris au piège de l’exportation de quelques produits de base. Le système commercial international actuel, avec ses inégalités et les politiques protectionnistes croissantes des pays développés, n’offre pas un moyen de sortir d’un tel piège. Si les PMA doivent faire des progrès économiques et sociaux importants, ils ont besoin pour mettre fin à la dépendance par rapport à l’exportation de produits de base et s’orienter vers une plus grande diversification de leur commerce.

Sur Rio + 20, les discussions ont fait ressortir la position des OSC africaines sur les questions qui seront abordées lors de cette conférence cruciale des Nations Unies. Il n’y avait pas beaucoup d’optimisme quant à son résultat étant donné le manque de volonté politique de la part des principaux pays développés à relever les défis auxquels fait face la Planète.

L’Assemblée a abouti à la conclusion que les politiques et programmes évoqués ci-dessus n’apporteront pas de solutions réelles aux problèmes économiques et sociaux structurels des PMA. Le PAI n’est pas susceptible d’être plus efficace que le Programme d’Action de Bruxelles (PAB). La menace due au changement climatique risque d’augmenter.

La raison de ce pessimisme réside dans le cadre général dans lequel ces politiques et programmes sont conçus et mis en œuvre. En fait, les multiples crises mondiales – économique, financière, alimentaire, énergétique, dette et climat – aggravées par la persistance et même l’intensification de la militarisation et des guerres contre plusieurs pays du Sud, sont les symptômes des déficiences fondamentales et des injustices du système économique mondial qui est la source principale de la détérioration des indicateurs de développement des PMA et de leur sous-développement de manière générale.

II) Appel au changement de paradigme du développement

À la lumière de cette observation générale, l’Assemblée a réaffirmé l’appel lancé à Istanbul par les organisations de la société civile (OSC) internationale pour un changement fondamental de paradigme de développement.

1. Cela implique la transformation du système économique mondial en rejetant les politiques responsables de la pauvreté, de la faim, des inégalités et des déséquilibres structurels, ainsi que les conflits et l’instabilité politique subis par la plupart des PMA. Au contraire, les OSC devraient promouvoir un développement inclusif et durable, en plaçant les droits des personnes, particulièrement les couches vulnérables et les personnes marginalisées, au centre de l’élaboration des politiques et des processus de développement. Les droits des femmes, des enfants et des jeunes doivent avoir une priorité élevée dans le cadre d’un développement économique, social, écologique et démocratique.

2. Cela implique également une nouvelle forme de coopération internationale au développement, avec un accent particulier sur la coopération et la solidarité Sud-Sud. Les pays émergents du Sud devraient fournir une assistance accrue aux pays les moins avancés dans les domaines du commerce, de la finance et de la technologie. La CNUCED a indiqué que cela se fait déjà pour certains PMA. Cela devrait être renforcé et étendu à tous les PMA

3. Sur l’agriculture, seul un changement des politiques actuelles pourrait offrir des solutions efficaces et durables pour éradiquer la faim et la pauvreté. À cet égard, les PMA africains doivent mettre un terme aux politiques de libéralisation, protéger les moyens de subsistance des femmes et fournir le soutien du gouvernement à la petite agriculture et à l’agriculture familiale qui est la clé pour atteindre la souveraineté alimentaire. De même, les marchés intérieurs doivent être protégés contre les produits agricoles subventionnés des pays occidentaux.

4. L’Assemblée a réitéré la nécessité pour les gouvernements africains de mettre en œuvre la recommandation de Maputo visant à investir au moins 10% des budgets nationaux dans le secteur agricole.

5. L’Assemblée est d’avis que le droit à la nourriture et à l’eau devrait être encouragé en tant que droits de l’homme au premier degré qui devraient être respectés par tous les pays et les institutions internationales.

6. L’avenir des politiques agricoles et la souveraineté alimentaire dans les PMA africains est assombri par la question de l’accaparement des terres qui s’est accéléré ces dernières années. C’est ainsi que chaque année de grandes portions de terres arables sont prises aux agriculteurs au profit de soi-disant “investisseurs” étrangers. L’Assemblée invite instamment les gouvernements africains à mettre un terme à l’accaparement des terres et à protéger la propriété nationale sur les terres et leur utilisation prioritaire par les agriculteurs, en particulier les femmes et les petits agriculteurs

7. Sur les matières premières, l’Assemblée a recommandé l’adoption d’accords aux niveaux régional et international en vue de stabiliser les prix des matières premières et réduire les fluctuations de prix qui ont nui aux exportations des PMA. Étant donné la dépendance des PMA africains par rapport aux exportations de produits de base, l’adoption de ces accords revêt une grande importance dans le processus de mise en œuvre du PAI

8. Sur le commerce, les PMA africains devraient s’efforcer de diversifier leurs exportations, tout en renforçant leurs capacités de production intérieure et en cherchant un meilleur équilibre entre la croissance tirée par les exportations et celle tirée par la demande nationale ou régionale, dans le cadre de stratégies visant à renforcer la résilience de leurs économies aux chocs exogènes.

9. Promouvoir de plus grands échanges Sud-Sud pourrait offrir plus de possibilités à la fois pour les produits et la diversification des marchés. L’intégration régionale est aussi une des clés à une plus grande diversification du commerce grâce à l’industrialisation. Cependant, l’intégration régionale n’a rien à voir avec la notion de «régionalisme ouvert» qui se situe dans le paradigme néolibéral et fait partie de l’idéologie du «libre échange».

10. L’Assemblée a souligné la grande importance de la dimension genre dans les politiques énumérées ci-dessus et dans le PAI. À cet égard, l’accent mis dans le Plan d’Action d’Istanbul sur le développement humain et social, l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes doit être traduit en politiques et actions concrètes et mis en œuvre de manière effective par les gouvernements des PMA, leurs partenaires au développement et les agences des Nations Unies. L’Assemblée a souligné que l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes sont parmi les piliers d’un développement équitable, durable, inclusif et démocratique

11. Sur le changement climatique, l’Assemblée avait recommandé de soutenir les propositions faites par la Coalition africaine sur les changements climatiques demandant aux pays développés de s’engager à fournir de manière prévisible des flux financiers supplémentaires, non générateurs d’endettement et sans condition afin de couvrir la totalité des coûts de l’adaptation dans les PMA ainsi que les coûts du passage à des systèmes durables. Et plus fondamentalement, ils appellent au paiement de la dette climatique accumulée pendant des siècles par les pays occidentaux et leurs entreprises.

12. Sur le financement, l’Assemblée a réitéré l’appel pour l’annulation immédiate et inconditionnelle de toutes les dettes des PMA et un moratoire sur les services de dettes qui sont dans un processus de négociation pour annulation. L’Assemblée a également exhorté les gouvernements des PMA à prendre toutes les mesures nécessaires pour une plus grande mobilisation des ressources nationales comme un moyen d’aller vers l’autonomie dans le financement de leur propre développement.

13. Pour atteindre les politiques ci-dessus, les gouvernements des PMA devraient repenser le rôle de l’Etat comme un agent actif du développement et de construire des États développementistes dont la mission serait de mettre en œuvre des politiques, y compris au niveau de la mobilisation des ressources intérieures, visant à accélérer les transformations économiques et sociales structurelles
L’Assemblée africaine est d’avis que les propositions ci-dessus sont les bonnes politiques qui pourraient conduire à d’importantes améliorations économiques et sociales dans les PMA. Par conséquent, l’Observatoire des PMA demande instamment à ses organisations membres de promouvoir ces politiques – qui sont compatibles avec les recommandations formulées dans le rapport global des OSC lancé à Istanbul en mai 2011 – avec leurs gouvernements et les partenaires au développement dans le processus de mise en œuvre du PAI

III) Les stratégies de plaidoyer pour l’application du PAI

En effet, malgré la critique portée contre le PAI, l’Assemblée a exhorté les organisations membres de l’Observatoire des PMA à s’impliquer activement dans sa mise en œuvre, son évaluation et son suivi, aux niveaux national, régional et international.

1. Tout d’abord, il y a la nécessité d’une diffusion massive du PAI au sein des OSC, auprès des parlementaires, des décideurs et des médias. Des ateliers, des déclarations dans les médias et d’autres opportunités devraient être utilisés comme outils de diffusion

2. Au niveau national, les OSC devraient travailler de manière critique avec les gouvernements et les partenaires au développement et insister sur la nécessité de la transparence, l’inclusivité et la participation de toutes les parties prenantes dans la mise en œuvre du PAI

3. Dans le processus de mise en œuvre du PAI, les OSC doivent insister sur la nécessité d’une appropriation réelle des politiques et le renforcement de l’espace politique pour les PMA africains

4. Nécessité de créer de larges coalitions au niveau national, impliquant les OSC clés, les mouvements sociaux, les médias et les leaders d’opinion, entre autres, afin de mobiliser une opinion publique forte pour un suivi efficace de la mise en œuvre du PAI.

5. Appel aux organisations membres de l’Observatoire des PMA pour la publication de rapports parallèles (annuellement ou autrement) et des revues à mi-parcours parallèles exprimant l’évaluation indépendante du PAI

6. Renforcer la coopération avec les organismes des Nations Unies (CEA; Bureau du Haut Représentant pour les PMA, les pays sans littoral et les petits pays insulaires; CNUCED, entre autres) et avec les réseaux internationaux dans le but d’obtenir un soutien plus large pour les activités de l’Observatoire des PMA dans la promotion des intérêts des PMA dans les enceintes internationales

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