Les progrès réalisés dans la mise en œuvre du Programme d’action d’Istanbul sont mitigés, selon les Nations Unies.

12-01-2017: Les progrès réalisés dans la mise en œuvre du Programme d’Action d’Istanbul Les progrès accomplis vers la réalisation des objectifs et cibles du le Programme d’Action d’Istanbul sont mitigés. Au cours de ces cinq dernières années, les progrès des Pays les Moins Développés (PMA) vers la sortie de cette catégorie se sont accélérés, avec 10 PMA étant actuellement engagés dans ce processus de sortie.

Par ailleurs, des progrès ont également été effectués dans plusieurs domaines. L’extrême pauvreté a connu, à un rythme certes lent, une réduction constante dans les PMA. Malgré ces avancées, les taux de pauvreté des PMA sont restés élevés avec une moyenne de 51% selon les données les plus récentes couvrant la période de 2001 à 2012. Les PMA continuent à faire face aux défis structurels liés à une faible productivité, des structures économiques faibles, un développement faible et des multiples vulnérabilités.

Cependant, ils ont également enregistré de nombreuses avancées dans certains domaines prioritaires. Par exemple, le nombre d’abonnements à la téléphonie mobile a presque doublé et l’accès à une source d’eau potable est passé de 60% en 2005 à 68% en 2014. De plus, dans les domaines de la mortalité infantile et de la parité dans l’éducation primaire, les PMA ont réalisés des progrès significatifs. Par contre, une majorité de PMA n’a pas pu atteindre les objectifs fixés dans les secteurs du développement humain et social étroitement liés à la réalisation des OMD et ce en dépit d’une intensification des efforts au cours de ces cinq dernières années.

Plusieurs défis pour le développement durable des PMA demeurent donc, avec des incertitudes et risques nouveaux et croissants qui menacent les gains du développement, tels que la baisse et la volatilité des prix des matières premières, les catastrophes naturelles, l’impact du changement climatique et les épidémies sanitaires de type Ebola en Afrique de l’Ouest. Les PMA sont les plus vulnérables à ces chocs en raison des niveaux élevés de pauvreté, des ressources budgétaires faibles et des capacités industrielles et d’exportation limitées.

Une condition préalable à la transformation structurelle des PMA est l’augmentation de la productivité dans l’agriculture, l’industrie et les services, qui est cruciale pour éradiquer la faim et la pauvreté. L’accent devrait être mis sur l’agriculture et le développement rurale où la productivité ne s’est pas améliorée et dont une large population est dépendante comme source d’emplois.

Une tendance à la hausse peut être observée en ce qui concerne la mobilisation des ressources domestiques dans les PMA. Le ratio des recettes publiques sur le PIB, en excluant les dons, a augmenté de 13% entre 2001-2010 à 16% en 2014. L’appui à la mobilisation des ressources domestiques peut faciliter la mobilisation de l’Aide Publique au Développement (APD), surtout si cet appui est également orienté vers la réduction des inégalités. L’APD aux PMA a diminué depuis 2011 et la part moyenne du RNB des donateurs du Comité d’aide au développement (CAD) était seulement de 0,09% en 2014. Alors qu’une légère hausse de l’APD aux PMA a été constatée en 2015, cette tendance doit être intensifiée et soutenue à l’avenir. Après une très forte croissance entre 2005 et 2010, le flux global d’Investissements Directs à l’Etranger (IDE) vers les PMA est resté à peu près stable au cours de ces cinq dernières années, représentant 2% des IDE mondiaux.

Le commerce fait partie intégrante du PAI et des ODD. Cependant, depuis 2011, la part des exportations des PMA dans les échanges mondiaux a largement stagnée autour de 1,1%.

La mise en place d’une Banque de Technologies est prévue pour 2017 par l’Agenda 2030. Cette Banque de Technologies permettra aux PMA de renforcer leurs capacités nationales dans les domaines des sciences, des technologies et de l’innovation (STI) et les capacités dans les technologies de l’information(TI), d’améliorer l’accès à la technologie afin d’entrainer des changements rapides et profonds dans la vie des populations des PMA. Récemment et dans l’optique de soutenir et mener à bien le projet d’établissement de la Banque de Technologies, le Secrétaire Général des Nations Unies a nommé plusieurs experts réputés des STI pour siéger au Conseil d’administration de cette Banque.

Les recommandations sur les moyens d’aller de l’avant :

  • Le leadership national et l’appropriation interne dans la mise en œuvre effective des stratégies nationales de développement qui intègrent le PAI joueront un rôle clé dans la réalisation d’un développement rapide, équitable et durable dans les PMA.
  • Les partenaires au développement sont incités à honorer leurs engagements au plus tôt et à consacrer l’équivalent de 0,15 à 0,2 pour cent de leur RNB à l’APD en faveur des PMA, ainsi qu’à faire respecter les principes de l’efficacité de l’aide et du développement.
  • Un soutien accru à l’investissement est nécessaire pour la mise en œuvre et l’adoption des régimes de promotion des investissements en faveur des PMA.
  • L’accent doit être mis sur l’agriculture et le développement rural, en plus du développement des capacités de production dans tous les secteurs. Un programme d’appui global allant de l’amélioration des infrastructures à l’accès au crédit, aux assurances et à la technologie devrait être fourni de sorte à stimuler la production et la productivité.
  • Un autre domaine où les politiques nationales des PMA doivent être davantage tournées vers la réalisation de transformations structurelles est celui de la création d’emplois, et ce à travers des politiques et programmes axés sur la jeunesse et les femmes en tant qu’agents du changement.
  • Les PMA doivent renforcer davantage leurs capacités nationales pour répondre aux différents types de chocs – à travers l’assurance et des mesures de protection sociale – avec l’appui des partenaires au développement.
  • L’examen à mi-parcours du PAI a souligné que des mesures à la fois aux niveaux national et international doivent être renforcées pour atténuer et gérer les risques et remédier à la vulnérabilité des PMA aux chocs et crises multiples. La mise en place d’un mécanisme spécifique pour l’atténuation des crises devrait être explorée et la communauté internationale devrait continuer à soutenir pleinement les victimes de ces chocs avec des instruments appropriés pour les aider à surmonter leurs vulnérabilités récurrentes et dévastatrices.
  • Afin de s’adapter aux changements climatiques, les PMA ont besoin d’un soutien financier pour les mécanismes d’adaptation aux effets du changement climatique, ainsi que l’accès à la technologie, allant au-delà des moyens de mise en œuvre de l’Agenda 2030 et du Programme d’Action d’Addis Abeba, s’ajoutant à l’APD. Ainsi, le Fonds Vert pour le climat et le Fonds pour les PMA doivent être financés de manière adéquate et répartis équitablement avec une attention centrée davantage sur les PMA.
  • La mise en œuvre intégrale de l’accès au marché en franchise de droits et hors contingent pour tous les produits en provenance de tous les PMA, des règles d’origine plus avantageuses, la réduction des barrières non-tarifaires (BNT), l’opérationnalisation de la renonciation des services et la mise en œuvre de l’accord de facilitation des échanges sont cruciaux. En complément, la part de l’aide pour le commerce fournie aux PMA devrait être augmentée.
  • La coopération Sud-Sud et triangulaire doit être approfondie et accélérée. Cette forme de coopération doit être en mesure d’entrainer plus de ressources et d’investissements et servir de plate-forme d’apprentissage par les pairs. Une contribution plus institutionnalisée de la coopération Sud-Sud et triangulaire avec les PMA couplée à une meilleure disponibilité de l’information serait important afin de refléter les capacités grandissantes des pays partenaires du Sud.

Cohérence et synergies entre le PAI et l’Agenda 2030

L’Agenda 2030 pour le Développement Durable aborde toutes les dimensions du développement durable avec un accent particulier sur les pays les moins avancés et les plus vulnérables. Le programme est transformationnel et ambitieux et met l’accent sur l’égalité sous le titre “ne laisser personne de côté”, qui sous-entend accorder une priorité aux PMA. Les ODD fournissent un cadre de développement large et intégrée et l’Agenda 2030 vise à soutenir la mise en œuvre des stratégies et programmes d’action pertinents, y compris le PAI. Les défis et les priorités des PMA sont incarnés dans l’architecture fondatrice de l’Agenda 2030.

En complément de l’Agenda 2030, il y a eu de nombreux événements internationaux importants au cours desquels les questions relatives aux PMA ont suscité une attention particulière. Le Cadre d’Action de Sendai pour la réduction des risques de catastrophe, le Programme d’Action d’Addis Abeba et l’Accord de Paris sont parmi ceux qui ont des implications sérieuses dans la mise en œuvre du PAI et les ODD.

La deuxième partie de ce rapport cartographie les objectifs et les cibles du PAI dans l’Agenda du Développement Durable pour 2030. Il se concentre sur les actions convenues dans le PAI et les moyens de mise en œuvre de chaque ODD ainsi que dans la cible 17, et sur la manière dont leur mise en œuvre peut être améliorée. Le rapport accorde donc une attention particulière à la cohérence dans la mise en œuvre, l’examen et le suivi du PAI d’une part et de l’Agenda 2030 pour le développement durable et les résultats de ces processus, d’autre part.

Le PAI comprend 47 objectifs et cibles. Par ailleurs, les PMA se sont engagés à entreprendre 126 actions et les partenaires au développement ont annoncés la mise en œuvre de 109 actions. Les PMA et leurs partenaires au développement vont entreprendre 16 actions conjointes pour mettre en place les huit domaines prioritaires du PAI.

Plusieurs de ces objectifs et cibles correspondent d’ailleurs avec les ODD, qui cernent les causes profondes de la pauvreté et de la nécessité pour un développement durable global. Ils cherchent à promouvoir la croissance économique, la transformation structurelle, la durabilité environnementale et le développement humain et social, qui sont des domaines prioritaires pour les PMA.

L’analyse de l’exercice de cartographie montre que les cadres d’action globaux présentent en effet de nombreuses similitudes par rapport aux priorités des PMA figurant dans le PAI. En effet, les ODD fournissent un cadre de développement global et la souscription à un partenariat mondial. Le PAI peut être compris comme un ensemble de priorités des PMA vers les ODD. Il existe un chevauchement important entre le PAI et les ODD, en particulier dans les domaines de la santé, de l’éducation, de l’autonomisation des femmes, de la pauvreté et de la faim, de l’énergie, des infrastructures ainsi que de la paix, de la justice et des institutions, dont les mécanismes de mise en œuvre particuliers sont similaires. Dans certains cas, des différences sont observés aux niveaux des spécificités, des délais impartis pour atteindre les cibles ainsi que des seuils à atteindre. Par exemple la cible des ODD relative aux matières premières se concentre principalement sur la volatilité des prix. Cependant, le PAI couvre cette priorité d’une manière plus globale pour inclure, entre autres, l’élargissement de la base économique des PMA afin de réduire la dépendance aux matières premières. Néanmoins, la diversification dans le contexte des ODD est traitée dans la cible 9, qui appelle à la promotion de l’industrialisation inclusive et durable et la favorisation de l’innovation. Dans l’ensemble, les conclusions de cette section suggèrent que la mise en œuvre intégrale des priorités du PAI sur la capacité de production, ainsi que le développement humain et le renforcement de la capacité de résilience contribuera de manière significative à la réalisation de l’Agenda 2030.

En ce qui concerne la mise en œuvre, le principe de l’appropriation par le pays et du leadership national, contenu dans le PAI ainsi que dans l’Agenda 2030, reste cruciale pour l’accélération des progrès vers le développement durable. Les PMA doivent prendre l’initiative dans la formulation, la mise en œuvre, le suivi et l’examen de leurs propres politiques, stratégies et plans de développement économique.

Compte tenu de l’amplitude et la portée des ODD, leur mise en œuvre nécessitera l’intégration de cibles globales dans des plans nationaux, l’appropriation nationale des ODD par toutes les parties prenantes, le suivi des objectifs et des indicateurs à l’aide de données en temps réel à la fois aux niveaux national et international, la coordination entre les divers organismes et ministères des gouvernements et du secteur privé, et un partenariat efficace entre tous les parties prenantes.

Dans l’optique de la mise en œuvre de l’Agenda 2030, plusieurs PMA ont déjà commencé à intégrer les ODD dans des plans nationaux de développement, y compris dans les stratégies visant à mobiliser plus de soutiens extérieures. Cette intégration doit être renforcée et basée sur des leçons d’intégration apprises des OMD et du PAI. En outre, il est nécessaire de renforcer les capacités institutionnelles afin de parvenir à intégrer les différentes dimensions du développement durable dans les politiques et de donner la priorité aux cibles des ODD. Le rapport propose plusieurs suggestions à cet égard, telles que l’amélioration de la coordination interministérielle.

Afin d’atteindre les ODD mondiaux, les problèmes systémiques doivent également être mieux traités comme le souligne le Programme d’Action d’Addis Abeba. Ces mesures doivent inclure la cohérence entre les politiques de développement et d’autres domaines, en particulier le commerce et les finances. En plus, la coopération fiscale internationale et la lutte contre les fuites de capitaux doivent être renforcées.

Les mécanismes de surveillance et de suivi aux niveaux national, régional et mondial – et impliquant diverses parties prenantes – restent primordiaux comme cela a été souligné dans le PAI, ainsi que dans l’Agenda 2030. À cet égard, il est important d’aligner les processus de surveillance autant que possible, afin d’éviter des duplications et un fardeau excessif de compte rendu sur les systèmes nationaux. Le renforcement des capacités de collecte et de traitement des données pertinentes et précises, ainsi que le renforcement de la responsabilité mutuelle et domestique est particulièrement critique dans les zones où il existe un chevauchement entre le PAI et les ODD. Des données plus désagrégées sont nécessaires afin d’apporter des changements et transformations dans toutes les régions et groupes au sein des PMA – en particulier les populations rurales, les femmes, les jeunes, les enfants et les personnes handicapées –et veiller à ce que personne ne soit laissé de côté.

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