L’or noir au Congo : risque d’instabilité ou opportunité de développement ?

L’intérêt renouvelé pour le pétrole en République démocratique du Congo (DRC) risque de nourrir les ressentiments communautaires, exacerber les dynamiques de conflit et fragiliser la cohésion nationale.

L’or noir au Congo : risque d’instabilité ou opportunité de développement ?, le dernier rapport de l’International Crisis Group, met en garde contre la « malédiction du pétrole » dans un pays post-conflit toujours fragile. La prospection pétrolière à l’Est et dans la Cuvette centrale pourrait aggraver le conflit dans les zones à haut risque des Kivus, et réveiller des velléités séparatistes, entretenues par l’échec de la décentralisation et le différend financier entre l’Etat central et les provinces. Si les réserves pétrolières sont avérées, elles pourraient redéfinir la géopolitique du pays, et notamment remettre en cause la prépondérance politique de la riche province minière du Katanga.

« Dans le contexte d’une course à l’or noir en Afrique de l’Est et centrale, le flou autour des frontières, notamment dans la région des Grands Lacs, constitue une menace considérable pour la stabilité », selon Marc-André Lagrange, analyste principal de Crisis Group pour l’Afrique centrale. « Les réserves pétrolières situées aux frontières du Congo avec l’Ouganda et l’Angola sont déjà sources de tensions ».

L’Est de la RDC est peuplé de groupes rebelles qui se livrent, à l’instar de l’armée congolaise, à l’exploitation illégale des ressources naturelles. En avril 2012, la mutinerie avortée du général Bosco Ntaganda, recherché par la Cour pénale internationale depuis 2006 pour crimes de guerre, et l’émer­gence d’un nouveau mouvement armé (le M23) sont de nouvelles manifestations de cette instabilité chronique. A l’Ouest, la RDC conteste la démarcation des frontières maritimes avec l’Angola alors que la production pétrolière offshore a déjà commencé au profit de Luanda.

La mauvaise gouvernance caractérise le secteur pétrolier depuis la reprise des prospections. L’or noir est déjà la première source de revenus budgétaires, et pourtant, malgré le développement des explorations, la réforme du secteur pétrolier a pris plusieurs années de retard. Au lieu d’établir un cadre légal transparent et des institutions solides, les précédents gouvernements ont agi comme des spéculateurs.

L’incapacité de l’Etat à réguler les intérêts divergents et potentiellement conflictuels des entreprises pétrolières et des communautés démunies nourrit des ressentiments susceptibles de provoquer des conflits locaux. Certaines concessions pétrolières accordées aux compagnies se situent dans des parcs naturels et englobent un site classé au patrimoine mondial de l’Unesco.

Le gouvernement doit œuvrer, avec les Etats voisins et grâce au soutien de l’Union africaine, à la création d’un cadre de gestion des réserves transfrontalières et au lancement d’un programme de délimitation de ses frontières. Il doit réformer le secteur pétrolier, déclarer un moratoire sur l’exploration dans les zones dangereuses et associer les provinces dans les principales décisions concernant le pétrole.

« Dans un contexte de pauvreté extrême, d’Etat faible, de mauvaise gouvernance et d’insécurité régionale, la ruée vers l’or noir peut avoir un effet déstabilisateur important », selon Thierry Vircoulon, le directeur du projet Afrique centrale de Crisis Group. « Pour éviter ce scénario catastrophe, le gouvernement doit, au niveau régional, favoriser le dialogue avec ses voisins, et, au niveau national, réguler la prospection pétrolière pour améliorer la gouvernance et la responsabilité ».

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